Fil d'Ariane
Des marchés actions portés par l’Intelligence artificielle ; un marché obligataire plus hésitant
3 questions à Emmanuelle Ferreira et Yann Carré
Des marchés actions robustes malgré les tensions géopolitiques, un engouement qui ne se dément pas pour l’IA, et des tensions sur les marchés obligataires : nos experts décryptent les grandes dynamiques de ce trimestre.
Les marchés actions ont fait preuve d’une belle résilience face aux incertitudes ces derniers mois. Sur quoi s'appuie cette tendance, et peut-elle durer ?
Cette résilience s'explique avant tout par la solidité des fondamentaux des entreprises. Des deux côtés de l'Atlantique, la croissance des bénéfices par action est attendue en forte hausse ; +20 % aux États-Unis et +12 % en Zone euro, avec une dynamique de révision largement positives ces trois derniers mois, malgré un contexte macroéconomique plus incertain. Autre signal encourageant : cette croissance ne repose plus uniquement sur la technologie, elle se diffuse désormais à davantage de secteurs. Le risque de bulle, souvent évoqué, nous semble concentré sur les introductions en Bourse récentes ou à venir plutôt que sur les grandes valeurs technologiques établies, dont les valorisations (20 à 30 fois les bénéfices) restent cohérentes avec leur profil de croissance. Les principaux risques à surveiller : l'inflation, la volatilité du pétrole et les tensions géopolitiques persistantes.
L'IA continue sa marche en avant : où en est le secteur ? Que peut-il apporter aux marchés et à l'économie dans son ensemble ?
Les investissements dans les infrastructures d'IA s'accélèrent car les besoins en puissance de calcul s’envolent : les dépenses des principaux « hyperscalers » américains dépasseront 700 milliards de dollars en 2026, contre moins de 500 milliards en 2025. Premier bénéficiaire : le secteur des semi-conducteurs, en tension de capacité. Mais les retombées dépassent largement les géants technologiques américains. En Europe, ASML, maillon essentiel dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs, Schneider Electric, Siemens AG ou Iberdrola profitent également de cette dynamique via la hausse des besoins énergétiques, tandis qu'un investissement annoncé de 75 milliards de dollars par SoftBank dans les datacenters illustre un mouvement naissant de souveraineté technologique sur le continent. Notre conviction : s'exposer à cette thématique en restant diversifié, tout en faisant preuve de prudence sur les nouvelles introductions en Bourse, dont les valorisations sont parfois déconnectées de la profitabilité réelle.
Qu'en est-il du marché obligataire ? Quelle est son évolution ?
Les tensions inflationnistes liées au conflit au Moyen-Orient ont fait remonter les taux courts, les marchés anticipant un durcissement des politiques monétaires des banques centrales. La trajectoire de la BCE semble désormais bien intégrée par les investisseurs, tandis que celle de la Fed se dessine petit à petit mais reste plus incertaine du fait de la récente nomination de Kevin Warsh. Les taux longs européens resteront aussi sensibles aux échéances électorales, notamment françaises. Dans cet environnement, nous privilégions le crédit d'entreprise, dont les fondamentaux apportent plus de certitudes que ceux des états. Les valorisations du crédit sont toutefois déjà élevées : il convient donc de rester vigilant face au risque de correction en cas de nouvel évènement imprévu.